Mandala

La Mémoire

Lorsqu’on demande à quelqu’un de définir la mémoire, quel que soit son niveau d’étude ou de compétence, il y arrive assez bien.

Tout le monde a une idée assez nette de ce que la mémoire permet de faire.

Pour simplifier, la mémoire permet de se souvenir des choses et des événements.
Se souvenir, cela signifie que nous sommes capables, grâce à notre esprit de faire ressurgir des événements passés pour les percevoir à nouveau mais mentalement.

Cela signifie que tout ce que nous vivons, tout ce que nous percevons et même ce que nous pensons, crée un enregistrement permanent auquel nous pouvons avoir accès par la suite, de façon volontaire ou involontaire.

C’est très fort… Sauf que notre mémoire est faillible.

Certains souvenirs deviennent rapidement inaccessibles et d’autres se modifient avec le temps, comme si les couleurs de nos souvenirs bavaient et se mélangeaient sur la toile de notre esprit.

Pourtant, sous hypnose par exemple, on arrive à faire ressurgir des souvenirs qui étaient depuis longtemps inaccessibles. Comme si aucun souvenir ne pouvait se perdre.

Alors, pourquoi nos souvenirs manquent-ils à ce point de fiabilité ?

Ce qui est étonnant, c’est que cette fonction de perte d’acuité est nécessaire au bon fonctionnement de l’esprit.

Ce n’est pas pour éviter une saturation, puisque nous avons très largement assez de mémoire pour nous rappeler de tous les instants de notre vie.

Certaines personnes sont hyper mnésiques et n’oublient jamais rien, ni aucun détail. Chaque instant passé, le plus insignifiant soit-il peut être immédiatement évoqué.

Le sommeil et les souvenirs.

Il semble que nos capacités d’analyse et de réaction soient dépendantes de cette dégradation apparente des souvenirs. Le sommeil joue un rôle indiscutable dans ces processus, et nous pourrions améliorer nos capacités mémorielles si nous révisions avant d’aller dormir, puis le lendemain matin.

En faisant cela, nous freinerions la dégradation des souvenirs.

Pendant le sommeil, les souvenirs se lient dans le cerveau d’une façon que la science commence seulement à comprendre.

La mémorisation est effectuée à l’état de veille dans une zone du cerveau appelée hippocampe en raison de sa forme qui rappelle ce petit animal marin.

Hippocampe, petit cheval marin.

L’hippocampe permet la mémorisation immédiate et à court terme.

Pendant le sommeil, une grande activité règne au sein de hippocampe ainsi que dans d’autres zones cérébrales.

Les souvenirs migrent vers d’autres zones en fonction de leur nature et de la meilleure capacité d’utilisation qu’ils offriront.

Ainsi, beaucoup de souvenirs de nature intellectuelle vont migrer vers les zones du néocortex ou du cortex pré-frontal.

D’autres vont migrer vers encore d’autres zones

et aller jusqu’à atteindre le cervelet et des zones motrices du cerveau.

Ces interactions développent nos capacités à agir face à des situations, et améliorent nos capacités de raisonnement.

Nos souvenirs se restructurent pour devenir des outils efficaces de notre personnalité. Certains s’enfoncent dans l’oubli en enrichissant des fonctions liées à l’instinct, ou aux réactions émotionnelles.

D’autres se lient et s’amalgament afin de créer des références rapides et des schémas de résolution de problèmes.

Et les rêves ?…

L'attrape-rêves

Les rêves créent une synthèse intellectuelle et émotionnelle à travers des expériences oniriques.
Les rêves se construisent avec les souvenirs, leur ressenti et les émotions provoquées.

À cela s’ajoutent les capacités mentales et motrices qui entrent en résonance avec les souvenirs traités, et d’autres souvenirs liés plus anciens, ainsi que des préconceptions, des perceptions mentales et des compréhensions dues aux parties plus subtiles de notre esprit.

Ces parties plus subtiles bénéficient aussi de ces briques d’expérience capables de créer des réponses automatiques rapides aux différentes situations vécues.

Comme si cela ne suffisait pas, le rêve peut interagir avec nos perceptions endormies de notre environnement présent. Les sons, les odeurs et d’autres perceptions plus ou moins subtiles.

En résumé, le sommeil et les rêves nous permettent de reprogrammer notre corps et notre esprit pour améliorer notre capacité à réagir rapidement, améliorant notre adaptation aux situations auxquelles nous avons été confronté.

Un esprit programmable

Si ce système n’existait pas, nous aurions besoin à chaque événement, de nous référer consciemment à nos souvenirs et trouver la réponse la plus adaptée.

Heureusement, nous n’avons pas à faire cela, sauf pour des choses nouvelles faisant intervenir l’intellect. Et même dans ce cas, les solutions qui nous apparaîtrons seront influencées par cette programmation antérieure de notre esprit.

Cela signifie aussi, que si nous voulons nous améliorer, et devenir meilleurs, il faut essayer, à l’état de veille, d’avoir une vie vertueuse, authentique, avec de bonnes pensées positives.

Il ne faut pas nous laisser aller à des comportements négatifs qui resteront gravés dans notre cerveau et notre esprit, et provoqueraient des schémas de réponses automatiques négatifs.

L’oubli

Le cerveau interagit avec l’esprit, l’un modifiant l’autre et l’autre s’adaptant à l’un, en fonction des expériences, des sentiments, des préconceptions.

Le cerveau se construit au fil de nos expériences. Il se modifie, s’adapte, s’améliore ou se détériore.

Parfois, suite à un accident ou une maladie, ayant perdu une partie de sa mémoire, une

personne continue d’agir avec les même réflexes conditionnés, les schémas de réactions développés par l’expérience.

Dans le pire des cas, avec une certaine violence engendrée par la peur que provoque cette dissolution du moi et le sentiment d’être étranger à soi même et aux autres qu’on ne reconnaît plus.

C’est un drame effroyable.

Les traces de l’existence

Notre corps également se modifie et porte les stigmates d’expériences passés.

En cas d’amnésie, nous avons donc une sorte de témoin physique de ce que fut notre vie. On peut y avoir accès consciemment ou non, mais ce ne sont pas des souvenirs.

C’est comme observer les traces laissées par un animal sur le sol. On peut être capable de savoir de quel animal il s’agit, de son âge, son sexe et son poids.

On peut deviner s’il avait peur et fuyait quelque chose, ou s’il était lui-même à la chasse, ou en quête de nourriture.

On peut dire beaucoup de choses, si on sait

lire, avec patience, les traces laissées par un animal.

Mais on ne l’a pas vu pour autant faire ces traces, si cela avait été le cas, le souvenir aurait jaillit instantanément, et nous aurions su bien plus de choses en un instant.

Nos souvenirs et nos rêves perdus ont également laissés des traces, en nous dotant de ces schémas réactionnels, de ces outils qui peuvent permettre de décoder ces traces qu’ils ont eux-mêmes laissés.

De même, nos préconceptions dépendent de nos actions passées.

Lorsque la mémoire fonctionne bien en revanche, notre monde semble plus riche, nos perceptions plus fines et nos raisonnements plus justes.
Pourquoi cette sensation ? Puisque, à priori notre mémoire n’intervient que comme témoin des expériences passées ? Je répondrais dans un prochain article sur l’intelligence.

Revenons à la mémoire et ses transformations.

Avec la pratique de la méditation, ce mécanisme continue d’exister mais devient différent, et, dans une certaine mesure contrôlable.

Il devient possible d’évoquer les souvenirs authentiques, tout en laissant l’esprit faire ses simplifications et ses mélanges habituels, en les plaçant dans sa zone mentale fantasmatique. Un peu comme les souvenirs de rêves, sauf que ce ne sont pas des rêves, ce sont des sortes de souvenirs de possibilités.

Sous cette forme, ces vécus potentiels deviennent un terreau d’exploration passionnant, et une source d’inspiration pour les arts ou les sciences.

Ils l’étaient déjà sans aucun doute en tant que

souvenirs modifiés, car ce sont les mêmes mécanismes de l’esprit qui puisent dans nos expériences et sentiments pour nous donner l’inspiration.

La différence est que ce monde devient clair.
L’imaginaire devient accessible et les souvenirs deviennent plus fiables.

En allant plus loin, on peut provoquer ces mécanismes de mélanges mémoriels pour accroître notre capacité imaginative et notre inspiration.

Il ne s’agit pas d’un fonctionnement aussi abouti que celui qui se produit involontairement pendant le sommeil, mais il a l’avantage d’être maîtrisable.

Résumons

Pour résumer, si notre mémoire n’est pas un témoin fiable de la réalité, ses modifications et dérives sont indispensables au bon fonctionnement de notre esprit et de notre corps.

C’est ainsi que se développent des schémas réactionnels performants et rapides.

Les « vrais » souvenirs ne sont pas perdus, ils sont plus difficiles d’accès car moins utiles que leurs remplaçants, ces derniers étant liés à plusieurs niveaux de conscience et d’action dans notre esprit et notre cerveau.

Sachant que nous nous transformons régulièrement par cette espèce de re-programmation continue, il est indispensable dès à présent de s’obliger à suivre une vie droite.

À avoir des pensées justes et positives en bannissant les actions et les pensées égoïstes ou agressives, et en s’efforçant même d’exprimer par la parole des choses positives, vraies et d’éviter de blesser.

C’est sur la base de nos pensées et actions présentes que nous construisons notre moi futur.

Tout cela n’est pas facile, mais vient peu à peu. On ne s’améliore pas du jour au lendemain.

Je suis moi-même sujet à des moments de colère, mais je sais qu’en blessant les autres, surtout ceux qui me sont chers, je me fais plus de mal à moi-même, et sur le long terme.

Nous verrons bientôt comment développer une pratique méditative du soir qui permettra de mieux conserver ses souvenirs tout en communiquant mieux avec notre partie onirique.

A bientôt

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