Mandala

Le Karma

Cet article fait suite à la demande d’un de mes lecteurs, dans un commentaire sur Le Moi surnaturel”, et je vais donc essayer d’expliquer ce qu’est le karma de façon simple et accessible en essayant de ne pas donner d’idées fausses.

En effet, le Karma est un sujet assez difficile à appréhender pour les occidentaux qui s’en font une idée partiellement fausse.

Ce premier article sera donc un article exceptionnellement long. Je n’ai pas voulu le couper en plusieurs articles de peur que des idées fausses s’installent d’une semaine à l’autre.

Le cycle des réincarnations

Le cycle des réincarnations

Le karma est effectivement quelque chose de complexe parce que sous ce seul mot se cachent plusieurs significations qui sont liées.
Ainsi, quand on parle de Karma, on parle d’action, de loi de causalité, de résultats de ces actions et des empreintes laissées sur l’esprit de celui qui a fait l’action.
On regroupe toutes ces choses sous le concept de Karma.

Le Karma comprend donc plusieurs acceptations. En occident, c’est un terme assez galvaudé, qui a une signification proche de celle du destin, mais on en fait aussi une sorte de compte épargne bonnes actions. Les bonnes actions vous donnent un compte créditeur et les mauvaises actions un compte débiteur.

Ces définitions ne sont pas totalement fausses, mais elles sont tellement simplifiées qu’on peut en tirer une idée fausse.
Comme certaines revues de vulgarisation scientifique qui vulgarisent tellement un sujet qu’il en devient inexact.

Le Karma, qu’est-ce que c’est ?

Le karma se traduit du sanscrit par action/capacité d’action.

Dans l’hindouisme et le bouddhisme, il lie les êtres dans un cycle sans fin de réincarnations. Selon que ce karma soit bon, on peut espérer une bonne renaissance, en tant qu’être humain, voire en divinité. S’il est mauvais, la renaissance se fera dans une condition inférieure, voire en animal, et même dans des êtres tourmentés par la faim et la soif, ou souffrant dans les enfers.

Ce Karma qui nous fait renaître sous une forme ou une autre, s’épuise lui aussi, en mal comme en bien, et une fois qu’il a fini de donner des fruits, les tourments prennent fin… Mais les bonheurs aussi.

Il n’y a pas besoin d’attendre une nouvelle renaissance pour expérimenter les résultats de ses Karma. Au cours de la vie, les circonstances peuvent nous faire souffrir ou nous permettre d’éprouver du bonheur en fonction de nos Karma.

Les notions de Dieu et du karma

Les peuples actuels d’occident et du moyen orient extériorisent les notions de destin, de bien et de mal, en les présentant comme l’expression d’une divinité unique.

Dieu, décide ainsi de ce qui est bien et mal et récompense ou puni en distribuant à chaque être ou à tout un peuple, des récompenses ou des punitions sous formes de bonnes ou mauvaises destinées.

Dieu est à la fois la règle, le juge et l’instrument de récompense ou de punition.

L’image paternelle de Dieu est tout à fait justifiée puisque « Dieu le père » nous élève, dicte les conduites justes, nous met à l’épreuve et nous puni.

Le doigt de Dieu donne la conscience à Adam

Dans le Karma, qu’on appelle aussi « Loi de causalité » il n’y a pas de juge extérieur, ni intérieur. C’est notre nature spirituelle qui en s’élevant doit aller vers l’ouverture aux autres, le partage et la coopération, la compassion.

Les Karmas sont aussi les empreintes laissées par nos actions sur notre esprit, nos conceptions, et donc les filtres de nos perceptions.
Ces empreintes sur l’esprit nous font donc percevoir les choses à priori, sous un aspect particulier plutôt que telles qu’elles sont réellement. C’est ce qu’on appelle les préconceptions. Ces formes du Karma sont nommées empreintes karmiques.

Mauvaises actions -> mauvais karmas

Des actions égoïstes vont nous replier sur nous-mêmes, engendrant des préconceptions qui nous pousseront vers des solutions faciles pour éviter de souffrir.

Ces préconceptions sont des aveuglements, des façons de penser et de percevoir qui nous empêchent de voir les bonnes solutions, fussent-elles devant nous.

Ceci créé un cercle vicieux ou nous nous enfermons de plus en plus dans une cécité aux autres.

Au lieu d’éviter de souffrir, ces actions vont produire toutes les conditions pour limiter notre capacité à être heureux, et vont produire toutes les conditions pour éprouver de la souffrance.

La vertu génératrice de bonheur

Dans le cas contraire, nous abandonnons l’égoïsme pour l’altruisme.
Nous sommes ouverts aux autres, devenons capable de ressentir leurs besoins, et échangeons amour et amitié, profitant de l’expérience que nous n’avons pas obtenue nous-même et partageant la nôtre.

Nous protégeons et sommes protégés, ouvrant notre esprit à des façons de penser différentes, enrichissant nos vues et détruisant des préconceptions négatives.
Tout ceci provoque les conditions qui vont produire des occasion de plaisir et de bonheur.

Qui juge ?

Il n’y a pas de juge suprême, seulement la nature de notre esprit et nos actions. Le Karma fait donc partie de la nature de l’esprit, ce n’est pas quelque chose d’extérieur.
Ceux qui croient en un Dieu créateur peuvent continuer, rien ne dit ou contredit son existence dans cette conception du Karma. Simplement, ce Dieu ne s’occupe pas de chacun individuellement.

Si Dieu a créé l’univers et les êtres qui le peuplent, il leur a donné une conscience dont la nature est de s’ouvrir, de se libérer, et ceux qui ne vont pas dans ce sens régressent et souffrent sans qu’Il ait besoin d’intervenir.

Ceci donnerait une bonne définition de la nature « divine » de l’esprit dans les religions du livre, ou de l’esprit saint selon le christianisme. Un esprit créé pour être meilleur, pour s’améliorer et se rapprocher de l’idéal divin. Ceci expliquerait aussi la notion de libre arbitre dans l’optique déiste.

Les conceptions déistes et non déistes ne sont donc pas inconciliables.

Bonheur et souffrance

Nous avons vu brièvement quel était le fonctionnement du Karma.
Pour que cette notion puisse exister, il faut donc admettre certains axiomes de base sur lesquels elle s’appuie.

D’abord, il faut comprendre que naturellement, tous les êtres, humains ou animaux, fuient la souffrance et aspirent à son contraire.

Qu’entendons-nous par bonheur ?

J’ai écrit un article à ce sujet, duquel il ressort, dans le cas qui nous intéresse ici, qu’il faut comprendre bonheur dans le sens de félicité, comme étant un état intérieur et non pas un ensemble de circonstances favorables au bien être.

Quelqu’un d’égoïste cherchera à éviter la souffrance en s’appropriant le bien d’autrui. Ce bien peut être le travail de l’autre, son amour, son argent ou tout autre chose prise sans consentement ou contre-partie.

C’est la solution facile. Prendre ce que l’on voit pour se satisfaire immédiatement, fut-ce au dépend des autres. Augmenter son influence par la force, qu’elle soit physique ou matérielle (argent, armes) voire intellectuelle, par la manipulation.

Plus évolué -> plus vertueux

Il faut déjà être capable d’une certaine forme d’abstraction pour être altruiste et comprendre que la loi du plus fort ne dure… que tant qu’on est le plus fort.
Ce qui cesse assez rapidement.

Les gens qui vous suivent parce que vous êtes forts ne le font que parce qu’ils en tirent eux-même avantage et protection. Le jour où vous faiblissez, ils seront les premiers à se retourner contre vous pour suivre le nouveau chef.

Vous pouvez essayer de construire un système de dépendance qui vous mette à l’abri ainsi que vos enfants, mais cela ne durera pas.
Vous aurez trop d’ennemis et l’énergie déployée pour maintenir votre bulle protectrice deviendra trop coûteuse pour continuer d’exister.

Darwin mal interprété : un faux prétexte au mauvais comportements

Cela me navre d’entendre certains de ces « prédateurs » autoproclamés invoquer Darwin et la sélection par la force. Manifestement, ils n’ont pas lu tout Darwin.

La prédation est une dynamique de sélection qui se fait entre espèces différentes et non au sein de la même espèce. C’est le mieux adapté qui survit et transmet ses gènes au sein d’une même espèce, et le mieux adapté n’est pas forcément le plus fort. Le mieux adapté favorise la dynamique de survie de son espèce au lieu de s’en servir en l’entraînant dans une spirale destructrice.

Les soi-disant prédateurs sociaux ne sont pas des prédateurs mais des parasites, un peu comme des cellules cancéreuses qui se retournent contre leur propre organisme.

La sélection par la force concerne principalement les espèces les moins évoluées. Des espèces qui pour survivre fournissent en compensation une très abondante descendance, dont la plus grande partie servira de nourriture à des espèces concurrentes, directement ou sous formes d’œufs ou de larves.

C’est par la coopération et l’organisation sociale que les espèces supérieures survivent et s’adaptent. Même s’il s’agit d’espèce puissantes comme les éléphants ou prédatrices comme les lions ou les loups.
Parfois, c’est même le seul avantage d’espèces qui seraient incapables de survivre individuellement, comme les fourmis, les termites ou les abeilles.

Dans les sociétés évoluées, la supériorité sert au chef de clan pour diriger mais aussi protéger. Cette supériorité s’exprime par la force dans les groupes peu évolués, et par la compétence ou l’intelligence dans les sociétés plus avancées, de primates, delphinidés ou humains.

Famille de lions

L’évolution va dans le sens de la coopération et de l’altruisme

Si l’on regarde l’évolution de la vie, on voit qu’en commençant par des formes rudimentaires et très concurrentielles, la vie évolue vers des formes de plus en plus complexes, adaptables et possédant une organisation sociale. La vie a continué d’évoluer pendant des millions d’années, en favorisant l’émergence d’êtres sociaux, pensants, capables de communiquer et d’échanger leur expérience.

Je ne parle pas seulement des humains dont l’espèce est aujourd’hui en train d’effectuer une sorte de retour vers l’exploitation égoïste de ses semblables et de la nature.
Mais nous avons eu plusieurs épisodes de ce genre dans notre histoire et il faut avoir confiance dans notre capacité à nous améliorer.

Tout individu refusant ces échanges d’expérience pour chercher une sécurité ou des plaisirs égoïstes, nage donc à contre courant de l’évolution, quoiqu’en disent les tenants de la loi du plus fort.

La base du Karma, les causes immédiates de bonheur ou de souffrance

Dans sa première acceptation comme loi de causalité, le Karma décrit donc les causes de bonheur et de souffrance qui ont lieu suite à nos actions, dans cette vie même, selon une logique facile à démontrer.

Être bon avec discernement et intelligence

D’un autre côté, être altruiste ne veut pas dire qu’il faille tout accepter, ni faire le sacrifice de soi pour n’importe quelle cause.
De même, on a la responsabilité de ses proches, de sa famille, de son groupe, et on ne doit pas les sacrifier pour le bien être d’êtres plus éloignés, à moins que ce bien être soit encore plus important pour le groupe.
Ce sont des choses difficiles à évaluer, dont nous reparlerons dans un autre article, mais pour faire simple, il ne faut pas abandonner les responsabilités que nous avons vis à vis de nos proches.

Il ne faut pas non plus donner n’importe comment, il faut être utile à l’autre et l’aider dans son autonomie et sa dignité.

Chercher le bonheur par l’échange avec les autres est infiniment moins coûteux en énergie. Chacun profite et protège l’autre dans un système coopératif. Aider l’autre lui permet de progresser et de vous aider à son tour. C’est ainsi que fonctionne une société, une famille, un groupe d’amis.

Lorsque vous êtes affaiblis, ceux que vous avez aidé vous aident à leur tour, par amitié, amour ou reconnaissance.

On acquière moins rapidement des biens matériels, mais beaucoup plus rapidement des plaisirs dus au partage, à l’amour, à des rencontres et des échanges de connaissances, et donc, du bonheur. Et cela dure beaucoup plus longtemps.

On ne transmet pas seulement des gènes à sa descendance mais aussi des savoirs à tout le reste du groupe, même à un âge avancé, où l’histoire et le vécu s’ajoutent aux savoirs-faire.

Faire s’améliorer par induction

Bien sûr, quelques parasites viennent toujours se greffer dans ces associations vertueuses. Parfois ils peuvent même détruire le groupe, comme une maladie peut emporter un être cher. Et parfois, avec le temps, ces parasites changent, prennent conscience des valeurs qui relient les autres, et s’intègrent totalement pour cesser de parasiter et pour enrichir les relations à leur tour.

En général, c’est quand même très rare. Mais lorsque cela arrive, c’est magnifique.

Tous les êtres vivants

Ceci fonctionne avec des humains bien sûr, mais aussi avec les animaux. Pour ceux qui connaissent bien le monde animal, on y trouve ces rapports sociaux et ces rapports de force, ainsi que leur évolution. Plus l’animal est évolué, plus ces rapports de coopération et d’attention à l’autre s’expriment et sont identifiables.

Évidemment, les animaux subissent aussi la loi du Karma, et on devine sans peine qu’il est plus facile à un animal social de produire de bons Karmas, qu’à un animal inférieur

Je vais m’interrompre ici sur ce sujet très vaste philosophiquement.
Il nous reste à voir notamment la notion de réincarnation qui est indissociable du Karma tel qu’il existe dans ses religions d’origine.

La suite sera abordée dans dans un autre article à paraître très bientôt.

À suivre…

4 commentaires pour Le Karma, 1ère partie

  1. isa a dit :

    Quand on essaie de se souvenir de la personne qu’on était dans l’autre vie, elle a se sentiment qu’elle est a la fois cette personne et a la fois qu’elle ne l’est pas, n’est-ce pas?

    • Pascal Bonnerue a dit :

      Bonjour, difficile de répondre à cette question sur le site.
      En effet j’ai voulu que le site soit ouvert à toutes les spiritualités, et même si j’y explique des choses propres aux religions orientales, je ne veux pas les présenter comme un dogme qui irait à l’encontre d’autres croyances.
      Je vais tenter de répondre sans trop approfondir.
      Dans le cadre de la réincarnation, pour ceux qui auraient des souvenirs d’une autre vie, la perception de ces souvenirs dépend du caractère actuel de la personne. Si le caractère est proche, cela peut être comme le souvenir d’un rêve, qui n’a pas de raison d’exister dans la vie actuelle mais apparaît quand même comme ayant été vécu.
      Si le caractère ou la façon de penser, voire le sexe sont différents, cela peut être très déroutant car le souvenir apparaît avec la personnalité de celui ou celle qui a vécu ce souvenir. L’aspect étranger de ce souvenir crée d’abord un rejet et une peur qui peuvent fermer la possibilité d’aller plus loin. Les rêves peuvent aussi permettre à ces souvenirs refoulés d’apparaître. Il faut un travail sur soi très spécifique pour accepter cette « autre » personne. Il est déjà difficile pour beaucoup de s’accepter soi-même tel qu’on est.
      Les émotions passent plus facilement et permettent des sensations de déjà vu, d’appartenance ou de répulsion, qui seront rationalisés par la personne actuelle sans trop de difficultés.

  2. isa a dit :

    qui sont ses parasites?

    • Pascal Bonnerue a dit :

      Bonjour et Merci de votre question, je me relis pourtant mais il manque un paragraphe dans l’article.
      Je le rajouterai dès que possible.
      Pour répondre, j’y parle de groupes d’amis ou de personnes œuvrant pour la même cause ou la même passion et partageant leur savoir et le bonheur de faire quelque chose ensemble.
      Les parasites sont des personnes qui viennent pour ne tirer qu’un profit personnel de ces associations ou groupes, pour le pouvoir, la renommée, parfois l’argent, souvent pour leur image personnelle. Ils agissent égoïstement sans ménager les autres et finissent par détruire le groupe de l’intérieur.
      À bientôt.

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