Mandala

Quel est le poids d’un poème ?

Vous devez vous dire :
« Voilà que ça recommence : Pascal essaie de mesurer et de peser des choses immatérielles ! On ne devrait pas confier le spirituel à des scientifiques ! »

Dans le dernier article, la géométrie de la conscience, l’approche était vraiment tournée vers l’esprit.
Il s’agissait de ressentir les déplacements de la conscience dans l’univers mental créé à partir de nos perceptions. En analysant ainsi le fonctionnement de l’esprit dans une de ses dimensions secrètes.

Ici, il s’agit d’une véritable interrogation qui devrait déboucher sur d’importantes prises de conscience.

Cette question, je me la suis posée alors que j’étais encore adolescent :
« Le poids d’un livre est-il plus important que ses éléments constitutifs ? »

La plupart d’entre nous répondront “non” sans hésiter. Et pourtant, qu’est-ce qui différencie un livre de ses composants ?
La différence vient de ce qui est écrit dans ses pages justement.

Simplifions :

Prenons une feuille de papier sur laquelle on écrit un poème. Imaginons que nous ayons la possibilité de mesurer précisément la quantité d’encre que nous utilisons.

Puis prenons une autre feuille de papier identique, au microgramme près, et étalons dessus la même quantité d’encre.

L’une des feuilles présente un poème, que tout le monde peut lire.
L’autre feuille ne présente qu’une tache d’encre informe… Même pas un test de Rorschach.

tache d'encre

« D’accord Pascal… Et qu’est-ce que ça change ? »

Ce qui change c’est le message, l’information.

Nous avons d’un côte une feuille sans intérêt, et d’un autre, une feuille capable de nous émouvoir, évoquant des paysages ou des souvenirs.

Une feuille avec un texte qui peut être appris par des centaines de personnes, puis reproduit, transmis oralement ou déclamé sur un disque, ou dans une vidéo.

Ce poème passe d’esprit en esprit en changeant de forme, tantôt feuille de papier, tantôt disque, tantôt onde électromagnétique pour une diffusion radiophonique, etc..

Nous avons physiquement deux feuilles de la même constitution physique, mais l’une d’elle présente des caractéristiques très différentes sur le plan de l’information, on pourrait dire, de la « trace d’esprit » qui y est imprimée.

Matériel ou immatériel ?

C’est cette information qui en représente tout l’intérêt, qui va nous faire jeter ou brûler la feuille tachée et conserver précieusement la feuille écrite.

Cette information qui est la transcription d’une idée, d’une émotion.

Cette information qui se transmet d’être en être, se dupliquant à chaque fois, gagnant en présence, en force, puis recopiée, transférée, transmise.

Cette information qui continuera d’exister bien après que la feuille d’origine soit tombée en poussière.

Cette information, personne ne peut nier son existence, sa présence, sa puissance.

Alors, cette information a-t-elle un poids physique ? Un tel phénomène peut-il être totalement immatériel ?

La question n’est pas si bête finalement.

Faisons une expérience de pensée, comme dans l’article “Où se trouve l’esprit ?”  et partons de l’hypothèse qu’effectivement, cette information représente une énergie, et donc une masse que l’on peut détecter à la pesée.

Peser un poème

Je donne les deux feuilles à un ami travaillant dans un laboratoire équipé de balances hyper-sensibles.

Il pèse la feuille tachée et trouve un poids de 1,2 grammes.

Il prends l’autre feuille, jette un coup d’œil dessus et s’émerveille du poème.

Puis il pèse cette feuille : 1,21g. Incroyable ! La deuxième feuille pèse donc plus lourd !

Pour vérifier, il décidé de procéder à une deuxième pesée avec une balance encore plus précise.
Mais, il est tard, il a promis à sa femme de rentrer tôt, alors il confie la pesée à son assistant.

Ce dernier prend les deux feuilles, et pèse la première : 1,2g.
Puis il pèse la deuxième : 1,2g.

Il note les résultats, et se prépare à rentrer chez lui, il donnera son rapport demain, en se disant « Morgen ist auch ein tag ! »

Codex de Léonard de Vinci sur le vol des oiseaux

Que s’est-il passé ?

Pourquoi la deuxième mesure a-t-elle donné un poids identique alors que la première a montré que le poème pesait plus lourd ?

Ce qui c’est passé, c’est que l’assistant était allemand et qu’il n’a pas lu ni compris le poème. D’où l’écart de mesure…
Et d’où l’impossibilité de notre hypothèse d’un poids poétique.

Inutile donc de déranger un laboratoire pour vérifier, cette expérience de pensée a démontré l’absurdité de la proposition.

Pourquoi tout cet article alors ?

D’abord, pour vous faire partager une méthode de raisonnement.

Cette méthode consiste à :

  • Bien poser la base du problème.
  • Définir les implications du phénomène à analyser.
  • Définir les limites du phénomène.
  • Définir ses interactions.

Ce qui permet de pousser le raisonnement assez loin pour en définir la validité, ou l’absurdité.

Dans d’autres cas, ce sont des expériences réelles qui trancheront, ou réorienteront l’analyse.

Plusieurs articles à venir sur les méthodes de raisonnement viendront développer nos capacités d’analyse.

Revenons à notre poème…

Pourquoi ? Ce n’est pas fini ? On a bien démontré l’absurdité de l’hypothèse, alors que dire de plus ?

Ce n’est pas terminé.

L’intuition qui m’habitait quand j’avais eu cette idée était si forte que j’étais persuadé d’avoir trouvé quelque chose d’important.

Mon propre raisonnement m’avait pourtant amené à prouver la fausseté de l’hypothèse de départ… Mais était-ce bien sûr ?

Prenons les faits : les deux feuilles pèsent le même poids. Pourtant, l’une d’elle ne sert à rien, et l’autre contient un poème superbe.

Ceux qui ont la fibre philosophique ressentiront immédiatement ce sentiment d’être sur le seuil de quelque chose d’important.

Comme nous l’avons dit, ce poème est lu. La personne qui le lit se concentre dessus, produit de la chaleur et de l’énergie par cette simple action.

Puis elle le transmet à d’autres qui à leur tour produisent de la chaleur, et de l’énergie.

Puis on utilise encore plus d’énergie et de matière car on recopie ce poème, on le diffuse, on l’imprime, on l’enregistre, on se le dit, de génération en génération.

Au fur et a mesure que le temps passe, l’énergie induite par ce poème devient énorme.

Cette énergie induite est difficile à mesurer, toute énergie peut se convertir en matière, avec une masse, et donc sur terre, un poids.

Difficile aussi de savoir combien, de matière s’est transformée en énergie, ou d’énergie en matière pour permettre à des esprits de lire et d’entendre ce poème.

C’est du lourd !

Notre poème est excellent, il sert de devise à des peuples pour se libérer du joug de leur tyran, il inspire la paix, sert de prétexte à des guerres.

Bref, notre poème en fait « des tonnes » !

La première feuille est exposée dans un musée, elle est jaunie, protégée par du verre anti-UV.

Une petite restauration s’impose, alors on la sort avec d’infinies précautions, on la pèse, et là, surprise… 1,19 grammes !

Elle a perdu du poids.

Le poème a-t-il disparu ? Non, c’est le papier qui se dégrade doucement.

Message et information

L’information n’a ni masse, ni énergie. Elle n’existe qu’entre un émetteur et un récepteur capables de comprendre le message.

Elle peut changer de forme, de support, être traduite dans d’autres langues, ou codée de façon imperceptible à nos sens pour être transmise à travers l’espace, puis décodée à nouveau.

L’énergie est dépensée dans la transmission, le traitement, la mémorisation, la traduction.

Sans compréhension du message, celui-ci cesse de circuler, de se transmettre. Plus aucune énergie n’est dépensée à ce moment là.

C’est magique n’est-ce pas ?

Si on ne comprend pas le message, mais que l’on cherche à l’explorer techniquement, on ne trouve rien.

Un peu de papier et d’encre. Une activité révélée par imagerie médicale dans certaines zones du cerveau d’un volontaire. Une agitation dans la membrane d’un haut parleur.

Mais heureusement, ce message est produit par un humain, et il est immédiatement identifiable par un autre, à tel point qu’aucun questionnement n’est nécessaire.

Alors, le poème existe-t-il en tant que tel ?

S’il n’a aucune masse, aucun aspect extérieur propre puisqu’il peut changer de forme et de support, s’il n’a aucune énergie en lui-même autre que celle qu’il provoque, existe-t-il ?

Bien sûr qu’il existe, mais comment?
Plus on le cherche, moins on le trouve, mais on est sûr qu’il existe car ses effets sont indéniables.

Cela vous rappelle-t-il d’autres phénomènes ?

Le poème est une création de l’esprit, il en partage la nature, et de ce fait, il est totalement

immatériel. Pourtant on ne peut nier son existence

Il en est de même pour l’esprit. On ne peut douter de son existence… sans déjà posséder un esprit.

On peut voir ses effets à chaque instant, mesurer l’activité qu’il produit dans le cerveau, et s’émerveiller ou s’horrifier de ses réalisations. Pourtant l’âme, l’esprit, la conscience son immatériels.

Ils ne possèdent ni masse ni énergie.

La nature de l’esprit

Pourtant, contrairement au poème, l’esprit est en mouvement, il évolue et se déplace. Mais il le fait dans une dimension qui lui est propre.

Une sorte de dimension spirituelle dans laquelle l’esprit bouge comme s’il possédait un « corps » spirituel et produisant des « objets » spirituels tels que ce poème.

Si l’on cherche l’âme, ou l’esprit, on trouvera même quelques scientifiques pour dire qu’ils ne l’ont jamais trouvé sous leur microscope.

Ils auront raison sur ce point : l’esprit est

inobservable sur le plan matériel.

Cela ne signifie pas qu’il faille rejeter l’existence de l’esprit, simplement on n’observe pas un son avec une loupe.

La nature de l’esprit n’est pas celle du monde matériel, mais les interactions entre les deux nous permettent de vivre cette vie dans un monde matériel, d’y naître et d’y mourir.

Le poème change de support, voire de langue d’expression pour passer d’une conscience à l’autre.

Un pas dans le spirituel

L’esprit étant de la même nature que son poème, il peut changer de forme, de support, de corps.

Nous voici dans le domaine du spirituel pur, et nous voyons clairement la possibilité d’une survie après la mort du corps physique.

Mais ce sera l’objet d’un autre article, d’autres connaissances doivent être acquises d’abord.

Je vous laisse réfléchir à cette question difficile.

profitez d’un moment après une séance de méditation pour avoir le calme et la clarté d’esprit pour vous y consacrer.

Repensez aussi à l’article précédent Géométrie de la conscience qui se place de l’autre côté du miroir, du côté de l’esprit qui perçoit le monde matériel.

À bientôt…

2 commentaires pour Quel est le poids d’un poème ?

  1. Soul-Hunter a dit :

    Ton article répond à des questions que je me pose depuis des années.
    J’étais un peu découragé de ne rien trouver de logique dans des enseignements qui semblent très bien mais qui n’expliquent rien.
    Ou des blogs qui te dise « sois cool, sois zen, et laisse toi aller ».
    On trouve des pseudo scientifique qui demolissent le spirituel ou des religieux qui demandent de croire sans expliquer pourquoi.
    En un seul article, j’ai tellement de pistes pour reflechir que cela me redonne le courage de m’y remettre.

    Tu dis que tu donnes des cours ?
    Je veux y aller, est-ce que c’est que de la méditation, ou est-ce que tu donnes aussi des enseignements comme dans tes articles ? C’est quand la prochaine, et c’est ou (j’habite Lille).

    Merci beaucoup Pascal.
    => la géométrie de la conscience est super aussi, mais il pose plus de questions, vivement la suite.

    • Pascal Bonnerue a dit :

      Merci pour ton commentaire Soul-Hunter.

      Dans la recherche pour s’améliorer et maîtriser son esprit, il ne faut jamais se décourager.
      Il y a d’excellents maîtres qui donnent un enseignement de qualité. J’ai eu la chance d’en suivre certains, qui ont marqué ma vie, et j’en ai retiré beaucoup d’éclaircissements. Bien sûr, il faut que ton maître soit accordé avec ta façon de penser ou de percevoir pour que cette clarté se fasse. Et beaucoup de choses sont à comprendre par soi-même.
      Dans mes articles, j’essaie d’être le plus clair possible, mais même ainsi, certains de mes amis me disent que cela reste ardu et qu’ils doivent imprimer mes articles pour les relire tranquillement. C’est d’ailleurs pour eux que j’ai particulièrement soigné l’aspect imprimé de ces articles.

      Il ne faut pas critiquer l’approche faite par d’autres sites, car tout le monde n’est pas prêt à faire des efforts pour s’améliorer.
      Si leurs méthodes te semblent inutiles, elles ne le sont pas pour beaucoup de gens, et cela leur permet quand même de se familiariser avec la méditation et le fonctionnement de l’esprit. Si elles en tirent des bienfaits, elles auront sans doute envie d’aller plus loin ensuite.

      Tous les scientifique ne démolissent pas le spirituel, la plupart des grands scientifiques sont aussi des croyants ou des philosophes. Ceux qui ne croient pas au spirituel sont ceux qui ne s’y sont jamais penché. Cela réclame un investissement que l’on ne fait que si on y est disposé au départ, mais ils sont sans doute bons dans leur spécialité. Le reste est pour eux du domaine de la pure croyance puisqu’ils ne s’y intéresseront pas. C’est normal.

      De même, il existe des chercheurs parmi les religieux, mais la plupart utilisent la foi comme base, avec des postulats qu’il leur serait inimaginable de remettre en question. Ces postulats sont peut-être vrais, ou non, peu importe pour eux car faisant partie des bases même de la conception de ces religieux, ils ne chercheront pas à les analyser tellement ils leur sont évident.

      On voit que la démarche est presque la même pour les scientifiques « septiques » et les religieux « dévots ». C’est humain, et nous avons tous des systèmes de croyances dont nous n’avons pas forcément conscience mais que nous ne remettons pas en question parce qu’ils sont évidents que « cela va de soi ». Cela n’empêchera pas ce genre de scientifique d’être excellent dans sa spécialité, ou ce genre de religieux d’avoir des qualités humaines exemplaires.

      En ce qui concerne les cours, depuis des années j’en ai donné à titre individuel ou à des petits groupes. J’ai régulièrement des demandes pour animer des stages de méditation, mais le temps me manque car je travaille loin de chez moi et passe une grande partie de mon temps dans les transports en commun. Je ne gaspille pas totalement ce temps puisque j’en profite pour méditer, faire des recherches et écrire des articles.

      Mais je vais effectivement animer des sessions de méditation dans quelques temps. Je n’ai pas encore de date précise, je n’en ferais pas de publicité directement sur mon blog, je tiendrais plutôt au courant les abonnés à ma newsletter. Donc, si tu veux être prévenu, inscris-toi.

      Pour ce qui est des « enseignements », je ne sais pas encore si cela se fera.
      Il y a mes articles, je compte écrire plusieurs livres qui seront donc plus complets que les articles, et faire des podcasts et des vidéos. Cela devrait suffire, mais s’il y a une demande pour des enseignements en « live » avec les possibilités de questions-réponses que cela offre, alors je m’y mettrais aussi, mais ce sera sur Paris dans un premier temps.

      Merci encore pour ce commentaire qui m’a permis de faire presque un mini article pour te répondre.

      Garde courage et continue de progresser.
      Amicalement.
      Pascal.

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