Mandala

Où se trouve l’esprit ?.. 2ème partie

Cet article est la suite de « Où se trouve l’esprit ?.. 1ère partie » où nous avons suivi les mésaventures de Charlie chez les Autarciens.
Si vous n’avez pas encore lu ce premier article, je vous invite à le faire avant de continuer.

Reprenons

…Nous avons vu qu’une partie de l’esprit était liée au corps physique, et qu’une autre l’était sans aucun doute au cerveau,
mais est-ce tout ?

Il semble bien que des parties plus élevées, plus subtiles de l’esprit ne soient pas localisables. On peut se dire que le cerveau n’a pas encore révélé tous ses secrets, et c’est vrai.

D’autres chercheurs, philosophes ou religieux pensent que l’esprit, dans le sens d’une énergie spirituelle consciente, pourrait très bien

ne pas être une fonction du cerveau, mais être captée par lui.

Certains scientifiques, mettent en évidence des prouesses inexplicables de l’esprit dans ses fonctions cognitives. Certaines de ces fonctions semblent transcender le monde causal en ayant l’air de percevoir des phénomènes avant que ceux-ci ne se produisent.

D’autres fonctions de communication semblent dépasser la vitesse limite de la lumière.

 

Roger Penrose

Suart Hameroff

Ces scientifiques, et non des moindres, comme Roger Penrose et Stuart Hameroff, avancent des hypothèses où l’esprit pourrait être un phénomène quantique.

Il existerait sur la base d’une énergie non encore définie et serait en interaction avec la matière vivante et le cerveau au niveau subatomique grâce à des structures très particulières de microtubules n’existant que dans le monde vivant, plantes comprises.

Le cerveau s’occuperait alors des fonctions plus grossières des perceptions, de la mémoire et du mental.

Ces microtubules seraient en quelque sorte les éléments structurels d’une sorte d’ordinateur quantique de l’esprit où les bits d’information seraient ici des Qbits, des bits quantiques pouvant prendre plusieurs états superposés simultanément.

Microtubules

Le paradigme choisi

Bien sûr, chercher ce que peut être l’esprit en lui-même est un domaine très nouveau au niveau de la science, et ces hypothèses sont controversées, ou affinées.

Restons ouverts, et conservons cette position qui est la seule qui soit honnête : on ne sait pas où sont localisées les parties les plus subtiles de l’esprit, celles qui perçoivent au niveau mental, celles qui possèdent la volition, celles qui tissent des liens entre les objets perçus.

Nous verrons cette notion de liens dans un prochain article.

On peut supposer que l’esprit qui anime un corps n’est pas loin de celui-ci, mais ce n’est même pas sûr.
Toutefois, tout se comporte comme si c’était le cas, comme dans l’histoire de Charlie.

Alors pour simplifier nous considèrerons que l’esprit subtil baigne le corps sans en être très éloigné.

C’est un paradigme choisi, nous développerons cette notion dans un futur article sur la perception de la réalité.

D’accord, mais alors, où se trouve vraiment l’esprit ?

La question de départ commence à perdre son sens : de quelle partie de l’esprit parle-t-on ?

On voit que l’esprit est quelque chose qui n’est pas un objet unique, c’est un composé, et chaque partie a une fonction et une place différentes.

« Pourtant, je me perçois comme un tout, indivisible. Je suis sûr d’être le seul décideur de mes actions ! »

Voilà l’une des racines du problème : c’est une illusion.

Et le corps ?

Une illusion pas totalement fausse toutefois, par analogie, le corps physique est aussi un composé de fonctions et d’organes différents, travaillant ensemble.

C’est même plus que cela, le corps est un véritable écosystème possédant ses habitants autonomes travaillant pour le bien commun.

Nous somme pleins de bactéries et de micro-organismes qui participent à notre santé et sans lesquels nous ne pourrions vivre.

Ces micros organismes autonomes ont-ils eux même une conscience ? Nous ne le savons pas et c’est sans doute hors sujet, mais on peut

être presque sûrs que ces millions de petites unités vivantes n’ont aucune idée qu’elles participent à notre bien être, notre santé, et que nous sommes dotés d’un esprit capable de nous en rendre compte.

Pour en revenir à l’esprit, comme le corps, bien que composé, il semble unique et continu. Comme le corps, il possède des mécanismes autonomes de survie dont nous n’avons pas directement conscience, et comme le corps, il a des limites définies.

Les limites du corps sont biologiques, celui-ci ne s’étend pas au delà de la peau, voire des cheveux.

Quelles sont les limites de l’esprit ?

Les limites de l’esprit dépendent de la définition qu’on fait de l’esprit, mais en tout cas, il arrive un moment où on peut dire :
« Ça, ce n’est plus l’esprit ! ».

Ainsi, l’écran sur lequel vous lisez ceci, ce n’est pas votre esprit.
Par contre, votre mémoire, vos émotions, vos rêves, font partie de votre esprit.

Ce qui va devenir intéressant pour nous, et notre compréhension de la science, de la philosophie ou d’une tradition spirituelle, cela va être de se demander :

« Selon leur définition de l’esprit, ou de l’âme, quelles en sont les composants, les agrégats, les fonctions. Et où se trouvent les limites de ces définitions ».

Une démarche analytique

Avec cette démarche analytique, les traditions spirituelles ou religieuses, ne paraissent plus si ridicules dans leur approche.

On peut utiliser cette analyse dans les deux sens : en fonction de la définition de l’esprit par un groupe de personnes, quelles sont les parties composant cet esprit ; ou en fonction des parties décrites par un groupe, comment se défini l’esprit ou l’âme pour ce groupe.

L’esprit ne se voit pas directement mais on peut en définir précisément les contours selon des approches différentes.

Ces approches semblent parfois contradictoires mais en fait elles sont complémentaires.

Certaines traditions spirituelles orientales utilisent plusieurs approches simultanément selon les besoins.

Ce n’est pas fini

Ce double article aborde des notions complexes et très importantes pour la suite.
Nous reviendrons donc enrichir ces notions peu à peu.

Certaines choses, comme les corps spirituels, ou la circulation des énergies, ou les chakras,

deviendront alors beaucoup plus claires pour vous.

Ces nouvelles notions vous permettrons de comprendre ces choses, au delà des déformations folkloriques simplistes utilisées en occident.

À bientôt…

4 commentaires pour Où se trouve l’esprit ?.. 2ème partie

  1. Le commentaire est partie et je ne sais pas si j’ai été assez clair sur un point : non le bouddhisme tibétain ne s’appuie pas uniquement sur le 2e cycle. Et nombreuses sont les écoles qui s’appuient sur le 3e cycle dont l’école Shangpa. Masi les enseignements utilisent toute la pallette de nibveaux de compréhension pour tirer peu à peu le pratiquant vers les vues les plus subtiles. Pour revenir à la vue Shentong (3e cycle), après de très nombreux débats qui ont fait rage entre les écoles tibétaines justement au fil des siècles, la vue Shentong est même désormais enseignées par le Dalaï Lama, alors même que l’école Guélugpa avait combattu longuement des maîtres de cette école comme Dolpopa. Cette vue (appartenant au 3e cycle) est celle sur laquelle on s’appuie pour pratiquer les 6 yogas de Nigouma. D’ailleur les 6 yogas ne sont véritablement pratiqué que depuis l’EXPERIENCE directe de cette vue.
    Je te conseille ce libre « Le bouddha du Dolpo » Editions Claire Lumière.

  2. Non, bien qu’elle semble y ressembler cette vue n’est pas celle des Cittamatrin mais Shentong qui ne nie pas les causes extérieures mais affirme que le « perçu » ne peut être autre chose que l’esprit seul : le perçu (dont tout) est vide d’autre chose que soi (l’esprit). Ce n’est pas la vue de l’esprit seul nihiliste mais la vue Shentong. Mais les mots ne suffisent pas… La vue Shentong ne s’éloigne pas de ce que j’ai reçu, elle est précisément celle à partir de laquelle les 6 yogas de Naropa (kagyu), les 6 yogas de Nigouma (Shangpa) et les 6 yogas de Soukkhassiddhi (Shangpa) sont pratiqués. Ces yogas étant une façon d’accéder à la vue et d’en sceller l’expérience etc… Le vue Shentong fait partie du 3e cycle qui visait justement à couper l’attachement subtil à la vacuité.
    Et non, le bouddhisme ne se place pas du point de vue du mental. Cette affirmation est temporairement vraie mais caduque lorsqu’il s’agit d’évoquer la nature des phénomènes (ce qu’EST ce que nous voyons). Le dharma est donc une science qui conduit à la compréhension du réel au premier degré. Dans ce sens c’est de la phénoménologie.
    Le bouddhisme n’affirme pas que l’univers est inexistant (car n’étant qu’illusion dans l’esprit de celui qui perçoit), ça c’est du nihilisme et non du dharma. Le bouddhisme ne nie pas les saisons, la météo, le point de fusion de l’acier, les lois physique, les relations entre individus, les caractères, les actualités etc… Les réflexions sur la vacuité ne portent pas là-dessus mais sur la NATURE DES PERCEPTIONS. Reléguer le bouddhisme à ce niveau est erroné. Lorsque l’on dit que tout est esprit cela ne signifie en rien qu’il n’y a rien à l’extérieur. Je n’ai pas dit cela, les maîtres ne disent pas cela. MAIS nous ne VERRONS jamais ce qu’il y a à l’extérieur, car notre « condition » a toujours été et sera toujours celle de percevoir le monde dans notre sphère individuelle perceptive, en ce sens oui c’est l’esprit seul… Mais cela ne nie pas les causes phénoménales extérieures et ne nous dispense pas de nous conformer à l’ensemble des lois relatives tels que le respect d’autrui, le savoir vivre and co. La perception de la vacuité n’invalide pas la vérité relative, elle l’enrichit. Tu connais sans doute le livre de Kempo Tsultrim rinpoché « Méditation sur la vacuité » (Ed. Dzambala). Il y aborde les différentes approches de la vacuité, il ya aborde les différentes écoles sur la vacuité de façon de plus en plus subtile. Au final il aborde la vue Madhyamika Shentong. Bien à toi.

  3. « Le monde est silencieux et seul notre esprit est bruyant. »
    Bonjour et merci pur ce bel article que je découvre avec ton blog (lors de la séance de coaching avec O.R). Je me fais donc un plaisir de venir contribuer à la discussion. En effet encore faut-il poser quelques préalables dont le sens que nous donnons au mot esprit. Le sens le plus vaste et profond est celui-ci parait-il : TOUT est l’esprit.
    Tu écris :
    Ainsi, l’écran sur lequel vous lisez ceci, ce n’est pas votre esprit.
    Objection ! Cet ordi est notre esprit ET ce n’est pas notre esprit…
    Tu écris aussi :
    L’esprit ne se voit pas directement
    Objection : nous ne voyons QUE L’esprit, RIEN ne saurait être autre chose que l’esprit.
    Bon, ok on a déjà entendu ça en spiritualité et on peut avoir de sérieux doutes sur la question. Le challenge consiste donc à découvrir en quoi l’ordinateur est l’esprit et en quoi il n’est pas l’esprit, à découvrir en quoi rien ne saurait être autre chose que l’esprit. En d’autres mots on dit parfois : « TOUT est vide d’autre chose que l’esprit. » Mais l’intellect ne suffit, l’expérience directe de cette double réalité dépasse le mode ordinaire de notre rapport au monde, de notre rapport aux manifestations sensorielles. Je vous invite tous à lire un article où j’explique en quoi le monde est silencieux et seul notre esprit est bruyant. Cet article vous amènera à comprendre pourquoi cet ordinateur est votre esprit, les réaliser est une autre paire de manche mais un profond et rayonnant projet de vie ! Voici l’article en question : http://www.terresderepos.tv/le-monde-est-silencieux/
    Au plaisir d’échanger et de faire avancer le discernement, la contemplation de la nature du réel….

    • Pascal Bonnerue a dit :

      Merci Arnaud pour ton commentaire.

      Tu est le premier à t’être lancé, félicitations.
      Je suis d’accord avec toi lorsque tu dis qu’il faut poser quelques préalables, c’est pour cette raison que j’essaie toujours de définir avec précision le champ sémantique des expressions que j’utilise.
      L’approche « tout esprit » que tu utilises est intéressante, et comme tu le dis, classique dans les ouvrages de spiritualité.
      Dans le chapitre « Une démarche analytique » de cet article, je montre que la façon de présenter les choses par une culture ou une religion permet de comprendre comment se définit l’esprit dans cette culture.

      Dans le Bouddhisme que tu as embrassé, on se place du côté du mental et de tout ce qui le fait fonctionner, notamment les perceptions. Les Bouddhistes sont les spécialistes de l’esprit et leur tradition est profonde à ce sujet.
      Dans la tradition occidentale, portée par les religions du livre et les écrits d’Aristote, on se place sur le plan phénoménal. Il y a donc un univers matériel qui existe en soi et que nous percevons.
      Les deux approches, poussées à leurs extrêmes, présentent un univers Bouddhiste inexistant car n’étant qu’illusion dans l’esprit de celui qui perçoit, et un univers matérialiste où le mental n’est qu’un ensemble réactions électriques dans le cerveau, répondant à des stimuli de l’environnement. Ces deux extrêmes sont faux tous les deux bien entendu.

      Lorsque tu dis que l’ordinateur est aussi l’esprit, il faut comprendre que l’image, l’aspect et la relation que je peux établir avec lui n’existe que dans mon esprit, avec des couleurs, des sons et des sensations qui ne dépendent que de mes capacités présentes. Cela n’empêche pas un objet d’exister à l’extérieur de mon esprit, car sans base de connaissance, il n’y a pas perception. Tu trouveras cela même dans le Prajnaparamita, la Perfection de la Sagesse.
      Alors certes, les sons que j’entends son une production mentale qui n’est peut-être pas le reflet du phénomène tel qu’il se produit.

      Mais attention à ne pas égarer les lecteurs dans une voie où l’esprit seul peut mener à une conception nihiliste d’où il serait difficile de les tirer par la suite, puisque nous serions nous-mêmes que des illusions tirées de leur esprit.
      Si toi-même tu saisis bien la différence, il faut comprendre que, sur internet, tout le monde nous lit et nous ne pouvons maîtriser les interprétations qui seront faites de nos articles. Prudence donc.

      Tu as fait ton apprentissage dans le Bouddhisme tibétain, qui est un enseignement Madhyamika qui suit la deuxième roue du Dharma.
      La voie de l’esprit seul où rien n’existe d’autre que l’esprit repose sur la troisième roue, elle est le fondement de l’école Cittamatra, du Chan et du Zen. Attention donc de ne pas transmettre un enseignement qui s’éloigne un peu de celui que tu as reçu et qui pourrait être incompris.
      L’occident aime les raccourcis, et seul un maître Cittamatrin est familier des réponses contrant le nihilisme dans l’école de l’esprit seul.

      Merci encore pour ton commentaire qui me permet d’en rajouter une bonne louche à mon article 🙂
      Amitiés.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

sept − six =